Je ne peux accepter en tant que
chrétien de voir mon Eglise ou plutôt le Pape qui est à la tête de mon Eglise en donner une telle image que non seulement ses ennemis mais même ses fidèles ne soient déboussolés par ce qu'ils
ressentent comme des agressions, et qui les font se demander s'ils ont bien à leur tête un Pasteur
Quelques cas récents me font m'interroger :
- La conférence des Evêques d'Amérique latine réunie à Aparecida vote à la majorité un texte de clotûre qui envoyé à Rome va être caviardé de tout le passage concernant les fraternités des
pauvres Ce texte signé par le Pape ne sera pas rétabli dans son intégrité ;
- Les divorcés remariés pour lesquels il nous est demandé outre nos prières une attitude
fraternelle sont traités par le Pape de « couples illégitimes » ;
- La petite fille avortée voit sa mère et son chirurgien excommuniés sans que le Pape n'intervienne . Heureusement la Conférence des Evêques brésiliens sauve l'honneur ;
- L' Evêque schismatique nie la shoah et Rome se tait.. jusqu'à ce que la chancelière allemande ne monte au créneau (dès lors, la réponse est rapide, car là ce n'est plus le peuple chrétien qui
renâcle mais un puissant de ce monde et de son « monde germanique »
- Les Evêques ordonnés par Mgr Lefebvre voient leur excommunication levée (on nous expliquera devant le tollé qu'il ne s'agit pas de levée de l'excommunication mais d'une mesure préalable à cet
acte de miséricorde....)
De toute façon la décision a été prise sans en référer aux conférences épiscopales ; ces mêmes conférences épiscopales que l'on continuera d'ignorer quand il faudra faire acte de repentance
publique ;
- L'œcuménisme est « depuis toujours un souci majeur » pour Benoît XVI.
Néammoins, notre Pape récuse pour l'Evêque de Rome le titre de Patriarche de l'Occident.qui était le sien... ce que l'orthodoxie n'a pas apprécié (Ce titre remonte aux premiers siècles de
l'Eglise et il faut savoir - pour les discussions ultérieures avec les frères orthodoxes que le 4ème concile œcuménique celui de Chalcédoine a mis sur le même pied d'égalité Rome
et Constantinople et donc leurs patriarches. Il existait alors 5 patriarcats : Jérusalem, Rome, Constantinople, Alexandrie et Antioche).
- Mais, c'est la polémique sur le préservatif sur laquelle il faut s'arrêter car elle est particulièrement instructive pour faire plus ample connaissance avec notre Pape.
Le Pape est un homme d'une valeur intellectuelle incontestable et incontestée.
Il savait qu'après les passe-d'armes avec Jean Paul II, il serait «attendu » sur le préservatif.
Le Pape a manifestement choisi l'affrontement.
D'emblée, et s'adressant à des journalistes il emploie pour caractériser leurs contributions sur le sujet le terme de « slogans publicitaires ». D'entrée jugement et
condamnation ! (Le Pape n'a peut être pas tout à fait tort de donner à leurs publications une mauvaise note... mais pour ouvrir le dialogue ce n'était pas très indiqué, si l'on souhaitait
quelque compréhension de la part de ses interlocuteurs ; mais manifestement le Pape professeur s'en moque : il y a des cancres qui sont irrécupérables, mais qui vont avoir bonne
mémoire !)
Aussi vont être mises immédiatement en valeur les pratiques vertueuses des « mouvements et réalités diverses de l'Eglise catholique », soit :
« disponibilités, sacrifices, renoncements, véritable amitié et humanisation de la sexualité »
toutes choses qui sous-entendu sont l'exclusivité de cette Eglise catholique et qui la différencie des autres « distributeurs de préservatifs » dont « le risque est
d'augmenter le problème »
Notre Pape est à la Croisade.
Il ne cherche pas ce qui dans l'autre peut être conforté, en quoi le dialogue est possible.
Il juge et condamne.
Au nom de quoi cette assurance ?
Au nom de deux évidences :
Il a la Vérité
Cette Vérité se traduit dans une Loi la Loi condamne et le Pape applique la Loi
Souvenez- vous d'Humanae Vitae
Toute démarche anticonceptionnelle a été déclarée « intrinsèquement déshonnête »
Le préservatif est un anticonceptionnel - comme la pilule d'Humanae Vitae.
La Loi a parlé Elle doit être appliquée ! Le préservatif est condamné sans nuance, car il n'est pas question d'entrer dans une démarche de casuistique qui serait amoindrir la Loi.
Il eut été tellement plus conforme au rôle de pasteur de tenir des propos dans le style de ceux qu'a tenus Mgr di Falco : « Ce qu'a dit le Pape (l'humanisation de la
sexualité) est l'idéal de fidélité proposé aux chrétiens. Mais dans la réalité, si on n'arrive pas à suivre la situation,on ne doit être ni suicidaire ni criminel et on doit utiliser le
préservatif »
On aurait pu s inspirer du Cardinal Lustiger, ou du Cardinal Barbarin : « le respect du 5ème commandement (Tu ne tueras point) passe avant le respect du 6ème
(Tu ne commettras pas l'adultère)
mais en ces matières Benoït XVI ne connaît pas le travail synodal...
(On va mettre les Evêques en porte à faux vis à vis de leurs ouailles mais tout cela ne saurait aller à l'encontre de la LOI)
Et le préservatif sera refusé quoiqu'il arrive, même dans les couples séro-discordants (quand un seul des époux est contaminé). Le jésuite Patrick Vespieren peut bien expliquer que
« dans de tels cas la cohésion du couple est compromise et le maintien de la vie commune menacé »la Congrégation pour la doctrine de la Foi restera intraitable (surtout pas de
démarche de casuistique !!!)
Du temps de Jésus il y avait en Palestine des hommes intègres,croyants rigoureux, des gens à donner en exemple qui s'étaient attribué pour rôle d'être les gardiens de la Loi et qui de ce fait
n'hésitaient pas à exiger la mort des contrevenants à telle ou telle loi : rappelez vous la Femme adultère ou le discours à Pilate ; ces gens étaient appelés Pharisiens.
Cette Loi à qui nous devons le « intrinsèquement déshonnête » d'Humanae vitae nous vient tout droit du concept de « loi naturelle » que nous devons à Thomas
d'Aquin.
Dès lors on va nous la présenter comme impérative puisque étant professée par le Magistère qui lui proclame être possesseur de la Vérité.
Je ne me reconnais pas en conscience tenu par cette loi, sa Vérité n'est pas la mienne :
De plus nous ne sommes pas là dans le domaine de l'infaillibilité pontificale.
D'autres voix bien plus éminentes que la mienne l'ont récusée : outre les membre majoritaires de la commission pontificale créée par Paul VI lui conseillant de ne pas y souscrire, je retiens
seulement le point de vue du Cardinal Martini qui écrit :
La hiérarchie de l'Eglise peut
montrer. un meilleur chemin que celui montré par Humanae vitae L'Eglise y retrouvera sa crédibilité et sa compétence. Pour les sujets où il s'agit de la vie et de l'amour. nous ne pouvons en
aucun cas attendre aussi longtemps (Il vient de rappeler les aveux de culpabilité s de Jean Paul II au sujet des juifs de Galilée et de Darwin)
Il s'agit de paroles prophétiques... mais, peut-être, comme pour l'Evêque négationniste Benoît XVI n'a-t-il pas été tenu au courant de ces propos
Deux choses sont pour moi une vraie douleur concernant mon Eglise
- d'une part l'Eglise-institution : Je sais bien qu'il s'agit d'une monarchie... mais voir le nombre impressionnant de béni oui-oui dans la hiérarchie catholique laisse songeur... Jusqu'au
point où pour défendre le Pape (ou se faire valoir) on a pu entendre l'Evêque d'Orléans expliquer que les préservatifs pouvaient laisser passer les spermatozoïdes.
Heureusement tous n'en sont pas là. Alors la majorité se sort de ce mauvais pas, comme par exemple le Cardinal Vingt Trois, par une pirouette type : « Jamais l'Eglise n'a fait obstacle
à la distribution de préservatifs »
De mauvais esprits pourraient avancer qu'il s'agit là d'une solution quelque peu jésuite... « Faites-le, mais ne m'en parlez pas... sauf en confession. » Mais convenons que la position est
difficile. Ils sont dans la situation du P. de Lubac expliquant des années avant le concile : « Je suis tenu par l'obéissance »
- d'autre part l'Eglise-prophète
Encore faut-il que son langage soit entendu et pour l'être il doit être audible.
Mais comment expliquer que l'on réprouve le préservatif parce qu'il va à l'encontre de la loi naturelle sans que vos interlocuteurs ne vous rient au nez.
Alors on en vient à la méthode professorale : on affirme sans rire que « le préservatif risque d'augmenter le problème » (Cela est vrai puisque c'est moi qui vous le dis).
A partir de cette constatation initiale le dialogue de sourds s'installe.
Il s'agissait pour les interlocuteurs du Pape d'options de vie ou de mort : c'est sur ce point et sur celui de la démarche de Justice qu'il fallait d'emblée répondre(comme l'a bien vu Mgr di
Falco et comme l'avait vu auparavant Mgrs Lustiger et Barbarin, mais pourquoi en référer à une démarche synodale puisque on applique la LOI)
ensuite pouvait s'instaurer le dialogue (si toutefois il était accepté ce qui de la part de nombre de médias n'était pas évident) avec une Eglise qui fait preuve de son souci de l'humain et
suscite de multiples œuvres caritatives et qui se dit en mesure de promouvoir des règles en vue de l'humanisation de la sexualité...
une Eglise qui se révèle Mater et Magistracapable de demander l'excellence (son rôle prophétique) tout en indiquant si nécessaire par devoir de justice le chemin du « moindre mal» Mgr
Lustiger et en rappelant également le chemin du pardon.
Une fois de plus la rigidité - (pour ne pas dire l'absence de charité dans un cas) - dans la mise en œuvre du concept loi naturelle vient de démontrer sa nocivité... et tout laisse à penser que
nous ne sommes pas au bout de nos peines.
Les lecteurs de la revue Etudes ont pu apprendre dans le numéro de Mars que Benoît XVI a relancé le retour à jour et en œuvre de la « loi naturelle ». Un concept qui dans la
présentation de l'article est dit : « inaudible par la plupart de nos contemporains. »
Il faut donc s'attendre à de nouveaux dérapages dans les semaines à venir
Me permettrai-je de dire - je serais trop heureux reconnaître mes torts si l'avenir me dément -Notre Pape est de la même structure mentale que les prélats d'Ecône :
Ce sont, des doctrinaires avant que d'être des pasteurs, et par conséquent des hommes dangereux.